Brooklyn bridge de nuit

Les secrets de nos photos – épisode 2 :
Brooklyn Bridge by night

Dans Les secrets de nos photos par Mathieu

Si le premier épisode faisait la part belle à la post-production, l’article que je vous propose aujourd’hui va parler technique de prise de vue. Aujourd’hui, on va manipuler nos gros jouets ! Alexandra pourra témoigner à charge, j’adore prendre les ponts en photo la nuit. La pauvre se retrouve alors condamnée à poireauter dans le froid. Oui, peu importe le pays ou la saison, pour elle, il fait toujours froid la nuit ! Et souvent, on n’a pas encore dîné, donc elle a le ventre qui gargouille. Vous l’avez compris, j’ai un peu la pression de faire ma photo le plus rapidement possible. Je suis certain que vous aussi vous partez avec un modèle équivalent à mon Alexandra. Donc si vous voulez faire des photos de nuit, il va falloir être efficace ! Pour ça, il faudra connaître la théorie avant. Il n’y aura alors plus qu’à l’appliquer une fois sur le terrain. Je vais donc vous donner les clés pour réussir à coup sûr !

La prise de vue

Le lieu

Pendant votre séjour à New York, il va falloir traverser l’East River depuis Manhattan pour aller à Brooklyn, dans le quartier DUMBO. Oui, comme l’éléphant mais en fait, pas comme l’éléphant ! Dumbo est l’acronyme de Down Under Manhattan Bridge Overpass, car le quartier est coincé sous le Manhattan Bridge. Ça craint d’habiter sous un pont ? Peut-être ailleurs, mais pas ici en tout cas ! Pour y aller en métro, le plus simple c’est de descendre à High Street – Brooklyn Bridge Station (lignes A et C) ou à York Street (ligne F). Vous marchez ensuite vers l’eau jusqu’au Main Street Park. Vous êtes arrivés ? Si oui, il n’y a aucun doute, la photo a été prise ici. Allez, on s’installe et on se met au travail !

Les paramètres

Les plus experts d’entre vous n’ont pas besoin de lire tout mon bla-bla (il parait que j’étais bavard comme ça dès mon plus jeune âge). Les valeurs des paramètres leur suffisent pour comprendre le pourquoi du comment de la photo. On ne va donc pas les faire attendre plus longtemps (c’est vrai, les experts, ça déteste attendre) :

sensibilité
ISO0
focale
0mm
ouverture
f/0
vitesse
0s

 

Un peu de mal à interpréter ces chiffres ? Envie de savoir pourquoi je les ai choisis plutôt que d’autres ? Ça tombe bien, le prochain paragraphe va justement nous détailler les valeurs importantes !

Les explications
Vitesse et flou.

La clé de cette photo, c’est la pose longue. La vitesse de 120 secondes est le paramètre le plus important, autour duquel tous les autres tournent. Qu’est-ce que ça veut dire une vitesse de 120 secondes ? Tout simplement que, quand on appuie sur le bouton, ça fait CLIC – on attend 120 secondes – ça fait CLAC ! Et donc oui, pour les deux du fond qui dorment, 120 secondes ça fait bien deux minutes ! C’est long. Pour une photo, c’est même très long. Vous ne me croyez pas ? Essayez de faire une pose de 1 seconde. Il y a de très fortes chances pour que votre photo soit floue. C’est ce que l’on appelle le flou de bougé.
Il est dû aux légers mouvements (involontaires) que l’on fait en tenant l’appareil pendant qu’on prend la photo. Même si on se gaine comme un fou. Pendant la seconde durant laquelle le capteur est en train de recevoir la lumière, le boitier bouge. Plus notre vitesse est lente, et plus on prend le risque de voir apparaitre un flou de bougé. A contrario, avec une vitesse rapide, on s’expose beaucoup moins à ce problème car l’appareil aura moins eu le temps de bouger entre le CLIC et le CLAC.

Mais alors, comment fait-on pour prendre une photo nette avec une pose longue ? Il suffit de monter le boitier sur un trépied ou de le caler correctement  (avec un gorillapod, un bean bag ou même tout simplement posé sur un rocher) de manière à être sûr qu’il ne bougera pas d’un poil de fesse caribou.
A ce moment là, il y a quelque chose de très important à faire, c’est désactiver le stabilisateur de votre objectif (ou de votre appareil si vous faites partie des chanceux qui ont un boitier stabilisé). Sinon, cet imbécile de stabilisateur, en cherchant à compenser un mouvement inexistant, va à son tour créer du flou de bougé. Avouez que ça serait quand même dommage !
Et pour éviter de faire bouger le boitier en appuyant sur le bouton pour prendre la photo, vous pouvez vous servir du retardateur de votre appareil ou utiliser une télécommande.

Je sais pas vous, mais moi, il y a quand une question qui me taraude : pourquoi autant s’emmerder (il n’y a pas d’autre mot !) à faire une pose longue ? Pour créer du flou de mouvement bien sûr ! Ok, là vous vous dites : le mec a pété un câble ! Il vient de nous bassiner pendant deux paragraphes pour nous dire comment éviter le flou et maintenant il nous dit qu’il veut créer du flou. Je dois avouer que vous avez raison. Mais je n’ai pas tort pour autant !
Le flou que nous voulons obtenir va être maitrisé et va nous permettre de créer un effet très particulier. Avant de vous montrer un exemple en photo, je vous fait quand même un petit briefing sur le flou de mouvement (aussi appelé flou cinétique). C’est le mouvement de notre sujet (et donc pas de l’appareil) qui crée ce flou. Comme quand votre petit frère/chat/elfe de maison (rayer les mentions inutiles) bouge au moment où vous déclenchez la photo. Tout est net, sauf lui ! Merci, j’ai que ça à faire… Alors on la refait. Et cette fois, tu restes bien en place hein ! Excusez-moi, je m’égare…

Pour que vous compreniez l’intérêt du flou de mouvement dans notre photo, voici un petit exemple comparatif :

  • Brooklyn Bridge soir pose courte
  • Brooklyn Bridge nuit pose longue

La première photo, dont la vitesse est 1/13s, a été prise en fin d’après-midi. L’eau et les nuages y sont figés. Sur la deuxième photo (notre pose longue), le mouvement perpétuel de l’eau a flouté la rivière, pour lui donner cette aspect lisse. Les nuages aussi se sont déplacés pendant les 2 minutes. Ils sont flous eux aussi, c’est ce qui donne cet aspect laiteux au ciel. Les drapeaux sur les piliers du pont aussi ont bougé, ils sont donc flous eux aussi. Ce n’est pas forcément ce que j’aurais préféré. Dommage ! Malgré ce petit défaut, je préfère quand même le rendu de la pose longue.

ISO et ouverture.

Maintenant, rentrons dans le concret. Une fois devant la scène, comment est-ce que je choisis mes paramètres ? Alors pour faire une pose longue, le moyen le plus direct est de se mettre en mode priorité à la vitesse (Tv chez Canon) et d’y choisir la durée de l’exposition que vous souhaitez (10, 15, 20 secondes par exemple). Je ne sais pas si ma méthode sera approuvée par des professionnels mais elle est légèrement différente.
Je prends mes photos de nuit en mode priorité à l’ouverture (Av chez Canon). Je commence par fixer mon ISO sur son minimum, 100. C’est avec cette valeur que mon capteur est le moins sensible à la lumière et donc, à ouverture égale, la pose sera la plus longue. Ensuite j’augmente mon ouverture sur une valeur élevée. A ISO fixe, plus mon ouverture à une valeur élevée, plus ma pose devra être longue. J’y vais à tâtons, en regardant quelle vitesse me propose l’appareil pour chaque valeur d’ouverture. Quand j’arrive sur une valeur comme 15 ou 20 secondes, je déclenche. Si jamais, en regardant la photo, je trouve que ça serait mieux si l’eau était plus floue, je vais chercher une valeur d’ouverture qui me permet d’avoir une pose plus longue.

Et là, je vois les plus énervés d’entre vous toquer à ma porte, armés de fourches et de torches : « Dis, tu serais pas un peu en train de te foutre de nous là ? Tu nous dis que ta photo a une vitesse de 120s mais nos appareils ne peuvent pas faire plus long que 30s ! » Du calme, du calme les gars, le mien non plus. En fait, c’est la télécommande de mon appareil qui me permet de régler des poses dont la durée est supérieure à 30s. Mais pas d’inquiétudes, on est sur du pinaillage là. Avec des poses de 30s, vos photos seront canons ! Croyez-moi ! Regardez, je vous mets côte à côte une pose de 30s et la pose de 120s :

  • Brooklyn Bridge soir pose 30s
  • Brooklyn Bridge nuit pose longue

Sur la première photo, l’eau est très légèrement moins lissée. Les différences de couleurs, c’est uniquement parce que les photos ont été prises à des moments différents.

La post production

Peu de travail avec Lightroom aujourd’hui. Déjà, étant donné que je me suis installé avec le trépied, j’ai travaillé mon cadrage aux petits oignons. Donc pas besoin de recadrer ! Ensuite, on développe quand même la photo pour lui donner un petit coup de fouet. Regardez le avant/après :

  • Brooklyn Bridge nuit avant développement
  • Brooklyn Bridge nuit pose longue

Même si la différence peut paraître importante, je n’ai pas fait grand chose :

➸ J’ai d’abord très légèrement modifié la Balance des blancs. Étant donné que c’est un sacré gros morceaux, je consacrerai un autre épisode à expliquer le réglage de la balance des blancs.

➸ J’ai ensuite augmenté l’Exposition à +0,8 pour gagner en luminosité générale.
Et j’ai suivi la suggestion du mode auto pour le Contraste (+25) car après avoir fait joujou avec le curseur, je trouvais que ça ne rendait pas mieux !

➸ Les Hautes lumières descendent à -100 (comme quasiment à chaque fois) pour récupérer des détails dans les zones les plus claires.
Les Ombres montent à peine à +5 pour déboucher les piliers.
Blancs -35 pour atténuer la luminosité des parties les plus claires et Noirs -20 pour donner un peu plus de force au rendu général.

➸ Clarté +10 pour donner un peu plus de contraste localement.
Enfin Vibrance +30 et Saturation +5 pour avoir des couleurs un peu plus riches. C’est tout !

Résultat final

Quand je revois cette photo, je me dis que ça valait quand même la peine de passer du temps dans la nuit à supporter une Alexandra râleuse (mais patiente, je dois bien le reconnaître). D’ailleurs, ce cliché a passé beaucoup de temps en fond d’écran de mon ordinateur ! Et vous, vous en pensez quoi ?

Brooklyn Bridge nuit pose longue


J’espère que ce deuxième épisode des Secrets de nos photos vous aidera à faire de jolies images de nuit.

A votre tour de me dire si vous avez déjà essayé de faire des photos alors qu’il faisait tout noir, si ça s’est bien passé ou si vous avez rencontré des problèmes. Si je n’ai pas été suffisamment clair sur certains points, n’hésitez pas à me poser des questions. Je me ferai un plaisir d’y répondre.

Enfin, comme la dernière fois, si vous pensez que cet article pourrait être utile à des personnes de votre entourage et que ces conseils méritent d’être lus par le plus grand nombre, n’hésitez pas à partager ! Je vous ai mis des petits boutons exprès juste en dessous !

Commentaires

  1. Peu de développement, c’est ça le talent! (On pourrait en faire un slogan tiens…)
    Toujours aussi intéressant cette série d’articles. Je suis fan, définitivement. Il faut que je me penche sur cette histoire de stabilisateur maintenant ! Nous appliquerons tes conseils lors de nos pause longues la nuit (dans le froid) pendant nos voyages.

    Pauvre Alexandra quand même… J’espère que tu t’es rattrapé ensuite, elle l’a bien mérité 😉

    A bientôt 😀

    1. En vérité, maintenant c’est elle qui fait les photos la nuit pendant que moi je poireaute… Bien fait pour moi !
      Concernant le stabilisateur, je ne l’ai pas mentionné dans l’article mais le plus important, c’est… de ne pas oublier de le remettre après ! Encore une fois je suis très content que cette série d’articles te plaise, ça va me motiver à continuer 🙂

  2. Au top cet article ! Fan aussi de cette série ! Bon je n’ai pas tout saisi mais c’est sûrement parce que je ne fais jamais de photos de nuit. Mais ça m’a donné envie d’essayer !

    1. N’hésite pas à te lancer et tu verras, tu obtiendras rapidement des résultats assez bluffants ! C’est toujours bien d’avoir plusieurs cordes à son arc 🙂

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