Bloc glace détaché du glacier

Les secrets de nos photos – épisode 5 :
Perito Moreno

Dans Les secrets de nos photos par Mathieu

Hello les copains photographes ! Il y a quelques mois, Nath’ de La terre sur son 31 (allez lui rendre visite, elle est super cool !) m’avait demandé de faire un article sur une des photos du Perito Moreno. Puisque cette rubrique est faite pour vous chers lecteurs, vos désirs sont des ordres ! Je vais même aller encore plus loin, parce que je vais parler de TOUTES les photos sur lesquelles le pan de glace s’effondre ! Là, si j’appliquais les conseils de tous les profs de français que j’ai eu lors de ma scolarité, ce moment de l’introduction serait celui où je vous présenterais le plan de l’article, avec les différents sujets que je vais aborder. Mais appliquer les conseils des profs de français, ça n’a jamais été mon fort. Oui, j’ai failli être éliminé du concours de contrôleur à cause de l’épreuve de français… Je continue pourtant à n’en faire qu’à ma tête, et je refuse d’en dire plus sur le contenu de cet article. Quel suspens, c’est insoutenable !

La chute du bloc de glace

Cette série a été prise en Argentine depuis une des plateformes qui permettent d’observer le glacier Perito Moreno de face. Nous avions vu quelques petits morceaux de glace se détacher et nous espérions pouvoir prendre en photo la chute d’un bloc plus important. Du coup, nous avions réglé le boitier en mode rafale et priorité à l’ouverture, avec un ISO plutôt élevé (par rapport aux conditions lumineuses) afin de garantir une vitesse élevée elle aussi. L’ouverture que nous avons choisie n’est pas trop grande pour éventuellement compenser une erreur de mise au point dans la précipitation.

sensibilité
ISO0
focale
0mm
ouverture
f/0
vitesse
1/0s

 

L’avantage avec le glacier, c’est qu’avant que le morceaux ne se détachent effectivement, la glace se rompt à l’intérieur du glacier lui-même. Et ça fait beaucoup de bruit (un grand CRAAAAC) qui permet d’attirer notre attention dans la bonne direction. Une fois repéré l’endroit qui va s’effondrer, il n’y a plus qu’à faire le point et laisser le doigt enfoncé sur le bouton : clic-clic-clic-clic-clic-clic-clic-clic-clic. Quelques instants plus tard, tout est enregistré sur la carte mémoire :

Ce qui est trop bien quand on fait une rafale, c’est qu’on peut même en faire une petite animation !

Animation de la chute de glace

Il n’y a rien d’extraordinaire dans le développement de ces photos, si ce n’est une difficulté : le réglage de la balance des blancs. Avant de regarder comment je m’y suis pris, on va un peu parler de théorie.


La balance des blancs

La balance des blancs, c’est quoi ?

Je dis depuis des mois que je vais vous expliquer la balance des blancs. A un moment, à force de reculer, on finit encastré dans le mur… Donc là, plus le choix, il faut que je me lance ! Déjà, sachez que je ne vais pas vous expliquer la balance des blancs, je vais ESSAYER de vous expliquer la balance des blancs. Voilà, maintenant que je me suis désolidarisé de moi-même, je peux y aller l’esprit tranquille.

En fait, la balance des blancs est HYPER importante. Basiquement, quand on fait une photo, on veut que le blanc soit blanc. Voilà ! C’est tout. Ça parait complètement bête comme affirmation mais pourtant, je peux vous assurer que, suivant les conditions d’éclairage, le blanc n’est jamais parfaitement blanc ! Prenez une feuille de papier, et photographiez là juste à côté d’un feu de cheminée. Elle va paraitre jaune-orangé. Prenez la même feuille de papier en photo sous un néon d’hôpital. Elle va paraitre bleutée. C’est le même principe qu’avec les ampoules LED ou à économie d’énergie : il y a une température sur le dessus pour nous indiquer si elles vont éclairer avec un blanc plus ou moins chaud. Régler la balance des blancs va nous permettre de compenser l’éclairage pour obtenir des blancs et des gris les plus neutres possibles.

La majeure partie du temps. Et oui ! Parce que parfois, on va vouloir avoir une balance des blancs pas complètement neutre pour donner une atmosphère particulière à notre photo. Je reprends l’exemple du feu de cheminée. Il est quand même fort probable qu’on veuille garder la teinte jaune-orangé pour donner une ambiance chaleureuse à notre photo. Prenons l’exemple de cette photo de l’apéro dans notre cabane au Canada. La première a une atmosphère chaude et chaleureuse alors que la deuxième est beaucoup plus neutre.

  • Bières et Cheetos BB Jaune
  • Bières Cheetos BB neutre

Dans cette situation, je préfère la première. La deuxième n’est pour autant ni fausse, ni mauvaise. J’aurais très bien pu vous la présenter comme ça directement. En fait, comme d’habitude en photo, ce qui est important, c’est de maitriser ce que l’on montre. Et bien entendu, quand on présente une série, on fait attention à ce que l’ensemble des clichés qui la composent soient homogènes. Pour reprendre la série de photos du morceau qui se détache du glacier, on n’imagine pas un seul instant que je puisse la présenter avec une balance des blancs différente sur chaque image :

Perito Moreno balance blancs pas homogène

Régler la balance des blancs dans Lightroom

Prérequis : des photos shootées au format RAW. Avec des photos en JPEG, les menus ne seront pas les mêmes et les réglages non plus. Et très clairement, ça va être galère ! Et les galères, moi, c’est pas mon truc… Mais comme vous êtes de gentils lecteurs qui appliquent mes conseils, vos photos sont déjà toutes en RAW.

La balance des blancs se règle dans le panneau Réglages de base du module DÉVELOPPEMENT.

BB LR 1

➸ Première option, je suis content de la balance des blancs « Telle quelle », c’est-à-dire telle qu’elle a été faite par l’appareil. Dans ce cas-là, surtout, je ne touche à rien !

➸ Sinon je vais pouvoir ouvrir le menu déroulant dans lequel je trouve une panoplie de préréglages liés aux conditions météo ou aux conditions d’éclairage. Il y aussi une option Auto. Elle se tente. Parfois Lightroom s’en sort bien ! A vous de choisir celle qui va donner le résultat qui vous plait le plus.

LR BB 2

➸ La dernière option, Personnalisée, revient à régler soi-même la balance des blancs. Soit en utilisant la pipette (qu’il faut cliquer sur un pixel qui doit être blanc ou gris neutre sur la photo), soit en manipulant directement les curseurs (par exemple, en déplaçant le curseur Température vers la gauche si je trouve la photo trop jaune).

  • BB LR 3
  • BB LR 4
La balance des blancs du glacier Perito Moreno

Pourquoi est-ce que la balance des blancs est délicate sur cette série ? Tout simplement parce qu’il y a beaucoup de glace, que l’on s’attend à être blanche. En réalité, elle tire quand même pas mal vers le bleu. Alexandra a expliqué pourquoi dans son article sur la Patagonie argentine. Bien, revenons à notre problème. Le RAW, tel que Lightroom l’interprète sans aucun réglage, ressemble à ça :

La balance des blancs n’est pas si mauvaise que ça mais, une fois développée, la photo me parait un petit peu trop bleue :

Et, si j’essaye les différents pré-réglages, je n’arrive à rien de bon :

Me voilà bien avancé ! Je n’ai plus qu’à le faire à la main en tâtonnant avec les curseurs. Comme je trouvais que c’était trop bleu je bouge le curseur Température vers la droite mais ça devient rapidement trop jaune donc je reviens vers la gauche jusqu’à trouver un équilibre. Mais maintenant, c’est trop vert ! On ne s’en sort pas. Donc je recommence avec le curseur Teinte, que je déplace vers la droite mais c’est rapidement… trop rose ! Je finis par trouver le point d’équilibre :

Bloc glace détaché du glacier


Comment je règle mon appareil ?

Avant de terminer cet article, je vous mets un petit paragraphe qui n’a pas spécialement de rapport mais que j’avais envie d’écrire depuis longtemps.

Je suis adepte des modes semi automatiques. En l’occurrence, mon appareil est 90% du temps en mode Priorité à l’ouverture (Av sur vos jolis petits Canon). Parce que 90% du temps, ce qui m’intéresse, c’est de gérer ma profondeur de champ. Les 10% du temps qui restent, soit je suis en mode Priorité à la vitesse (mais c’est quand même sacrément rare), soit je suis en mode Manuel.

Moment coup de gueule : si on vous a déjà dit que pour être un vrai photographe il faut shooter en manuel, laissez moi vous dire que je ne suis pas du tout d’accord. Je trouve que c’est juste une affirmation de mec qui se la pète. Et personnellement, la photo n’est pas un moyen pour moi de mesurer qui a la plus longue. Le concours pour savoir qui est le meilleur photographe ne m’intéresse juste pas. Je fais des photos pour le plaisir et, surtout, pour obtenir des images qui me plaisent. Quand je vois une image que je trouve jolie, je la trouve juste jolie. Point. Je ne me demande pas si le mec (ou la fille) qui l’a prise avait réglé son appareil en manuel ou pas. Partant de ce postulat, si mon mode semi-automatique me permet d’obtenir le résultat que je souhaite, je ne vois pas pourquoi j’irais chercher plus loin. Par contre, si le résultat n’est pas satisfaisant, je reprends la main sur les paramètres pour obtenir le cliché que je veux. C’est à ce moment là que la technique est importante : pour pouvoir identifier les problèmes et savoir comment les régler. Mais clairement, à mon avis, la technique n’est pas là pour faire le mariole et chercher à impressionner les photographes moins expérimentés (en ne leur révélant bien entendu pas les secrets et astuces).

Voilà, maintenant que j’ai bien bougonné (coucou Martichou !), j’en reviens à mon appareil réglé en mode Priorité à l’ouverture. Ça me permet de gérer la profondeur de champ de ma photo, tout en laissant l’appareil s’occuper du reste des paramètres pour me donner une image bien exposée. J’ai l’habitude de travailler à ISO fixé. Mais un jour Alexandra m’a exposé son point de vue : en laissant l’appareil en ISO automatique, il sélectionnera automatiquement la valeur d’ISO la plus faible qu’il pourra. Ce qui nous plait forcément car, qui dit ISO plus faible dit fichier plus léger sur la carte mémoire et surtout moins de bruit sur la photo. Cette technique fonctionne mais je dois avouer que je n’en suis pas forcément super fan parce qu’elle entraine des vitesses plutôt faibles, très proches du 1/distance focale dont je vous parlais dans l’épisode 4. C’est logique mais ça ne plait pas plus que ça. Je vous invite à essayer et à trouver ce qui vous convient le plus. Encore une fois, l’objectif est d’obtenir les images que vous souhaitez, pas de rentrer dans un moule.


Conclusion

J’espère avoir été assez clair dans mes explications sur la balance des blancs. Le hic, parce qu’il y a forcément un hic, c’est que j’ai fait l’impasse sur la calibration de l’écran. Pourtant, celle-ci est super importante pour s’assurer que les couleurs qui sont affichées sont justes. Je vous invite à approfondir cette notion par vous-même si jamais ça vous intéresse.

Enfin, je tenais à vous rappeler que mes propos ne sont pas paroles d’évangile et que mes techniques ne sont pas nécessairement à appliquer à la lettre. Mon but en écrivant ces articles est de vous dévoiler les trucs et les astuces qui me permettent d’obtenir les résultats que je vous présente. Mais je dois vous avouer que je serais bien malheureux si vous preniez et développiez vos photos exactement de la même manière que moi. En fait, je cherche à stimuler votre créativité et l’expression de votre personnalité en partageant mes connaissances avec vous. Donc une fois que vous maitrisez ce que je vous présente à chaque fois, je vous incite à vous en éloigner le plus rapidement possible afin que vous puissiez trouver votre propre style ! N’hésitez d’ailleurs pas à partager vos meilleurs clichés avec moi.

 A dans un mois pour le sixième épisode qui abordera la technique du HDR !

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