Les secrets de nos photos – épisode 6 :
Coucher de soleil au Grootberg

Dans Les secrets de nos photos par Mathieu

Il n’y a pas eu d’épisode des secrets de nos photos le mois dernier. Je n’avais pas eu le temps d’écrire mon article avant de partir en Namibie. Sur le coup, ça m’a un peu contrarié : quand je m’engage à faire quelque chose, j’aime m’y tenir. Mais en fait, c’était une bonne chose. Parce que pendant notre séjour, j’ai pris une photo qui illustre bien mieux le sujet que celle que j’avais en tête. Quel est ce sujet ? Le HDR ! Pour vous montrer l’intérêt de la technique, je ne vais pas vous présenter une photo avant et une photo après mais une photo avec et une photo sans. On va travailler aujourd’hui sur une photo du Grootberg lodge. C’est un endroit incroyable où nous avons dormi une nuit en Namibie. On vous en parle d’ailleurs très bientôt dans un article…

  • grootberg non HDR

    Sans HDR

  • grootberg HDR

    Avec HDR

Le HDR, c’est quoi ?

HDR est un acronyme anglais qui signifie High Dynamic Range. On pourrait traduire ça par Grande Gamme (ou Plage) Dynamique, mais ça ne nous avance pas vraiment plus pour le moment. J’imagine que vous avez déjà remarqué, en faisant une photo, qu’il y a parfois une zone de votre image qui est toute blanche ou toute noire (alors qu’elle ne devrait pas). La gamme dynamique, c’est l’écart entre le pixel le plus foncé (noir) et le pixel le plus clair (blanc) qu’est capable de fournir le capteur de notre appareil.

Concrètement, ça se matérialise comment ? Prenons cette photo de la skyline de Boston.

skyline boston surexposee

Si je vous dis qu’elle a été prise au coucher du soleil, vous n’avez pas d’autre choix que de me croire sur parole. Et oui, les bâtiments sont bien exposés, mais le ciel est tout blanc. Je vous propose donc de regarder maintenant la même photo, mais sous exposée.

skyline boston sousexposee

Cette fois-ci, pas de doute, avec le ciel correctement exposé, c’est un coucher de soleil ! Manque de pot, les bâtiments sont tout sombres, on n’y voit rien ! Voilà, même si les capteurs s’améliorent de plus en plus sur ce point là, ce sont les limites de la technologie. En fait, notre œil est un capteur d’appareil photo hyper performant, qui a une très grande gamme dynamique !

Est-ce que ça ne serait pas trop bien de pouvoir avoir une image avec les bâtiments de la première photo et le ciel de la deuxième ? Bien sûr que si ! Et en fait, le HDR, c’est ça ! On va augmenter artificiellement la gamme dynamique de notre appareil photo en prenant plusieurs photos exposées différemment. Ensuite, manuellement ou automatiquement, on va garder, pour chaque partie de l’image, l’exposition optimale. Pour notre skyline de Boston, ça donne ça :

skyline boston HDR

Le HDR sur le terrain

C’est parti pour un peu de théorie…

Ne pas bouger.

Comme on l’a vu juste au dessus, pour faire du HDR, il faut combiner plusieurs photos identiques, avec des expositions différentes. Pour ne pas que l’appareil bouge, on privilégie l’utilisation d’un trépied. Mais si on n’en a pas, ce n’est pas la fin du monde. Pour la skyline de Boston par exemple, je n’avais pas le mien avec moi et j’ai pris les photos à main levée en prenant soin de bouger le moins possible. Autant dire que j’étais tout contracté/gainé !

Faire varier l’exposition.

Pour faire varier l’exposition de notre photo, on peut jouer sur plusieurs paramètres : Sensibilité ISO, Ouverture et Vitesse.

  • Sensibilité ISO : ne nous intéresse pas vraiment, car avec des sensibilités différentes, on risque d’avoir un grain/bruit différent entre nos photos.
  • Ouverture : nous intéresse encore moins, on ne veut surtout pas avoir des profondeurs de champs différentes entre nos photos.
  • Vitesse : oui, c’est le paramètre que l’on va faire varier !
La fonction bracketing.

bracketing canonC’est une fonction présente dans nos beaux jouets qui nous permet d’enchainer des photos exposées différemment. Je vous invite à regarder dans vos manuels comment faire pour la régler. Au lieu du segment habituel sur l’échelle d’exposition automatique, on se retrouve avec un grand segment et deux petits. Le grand segment est le segment classique. Il indique l’exposition visée pour la première photo. Les petits segments de gauche et de droite indiquent respectivement les expositions de la deuxième et de la troisième photo. Dans l’exemple ci-contre, la première photo est exposée à 0, la deuxième à -1EV et la troisième à +1EV. Quand j’utilise cette fonction, je règle généralement mon boitier en mode rafale et, au moment de prendre la photo, je laisse mon doigt appuyé sur le déclencheur pour que l’appareil prenne les trois photos d’un coup. Important : une fois que l’on a terminé, il ne faut pas oublier de désactiver la fonction bracketing. Sinon, une photo sur trois sera bien exposée, une photo sur trois sera sous-exposée et une photo sur trois sera… sur-exposée ! Alexandra pourra témoigner que je me suis fait avoir un bon gros paquet de fois !

Au Grootberg, voilà les trois photos que j’ai prises :

  • grootberg originale

    Exposition +0

  • grootberg originale -2

    Exposition -2

  • grootberg originale +2

    Exposition +2

Le HDR en post-production

Créer la nouvelle image.

Une fois que l’on a importé nos fichiers, on va sélectionner les trois fichiers, faire un clic droit sur une des photos, et dans le sous-menu Fusion de photos, on clique sur HDR…

secrets HDR 1

Ça mouline pour nous créer un aperçu. On a quelques petites options à choisir et à cocher/décocher.

  • Alignement automatique : super important si on a pris les photos à main levée. Ce paramètre, s’il est sélectionné, va chercher à parfaitement superposer les photos si jamais il y a un léger décalage entre elles. Je le laisse tout le temps coché.
  • Tonalité automatique : pas très important. Ça revient à cliquer sur Auto dans le module DÉVELOPPEMENT. Dans tous les cas on va aller développer la photo à notre goût après. Donc qu’il soit coché ou pas, ça ne change rien !
  • Niveau de correction des décalages : important. Entre les différentes photos, certains éléments ont pu bouger. Les nuages par exemple. Ce paramètre permet de garder la cohérence de la scène une fois que les photos auront été fusionnées.
  • Afficher l’incrustation de la correction des décalages : c’est juste pour pouvoir visualiser quelle(s) partie(s) de l’image présentaient des décalages qui ont été corrigés. Ne change rien sur le résultat final.

Une fois que tout est bien réglé, il n’y a plus qu’à cliquer sur Fusionner et à attendre que Lightroom nous crée la nouvelle image.

secrets HDR 2

Développer la nouvelle image.

A partir de maintenant, j’applique ma routine classique. Comme d’habitude, je commence par cocher les cases Activer le profil de correction et Supprimer l’aberration chromatique du sous-menu Corrections de l’objectif.

secrets HDR 5

Ensuite, comme l’horizon n’est pas bien droit, j’utilise l’outil niveau à bulle pour redresser la photo.

  • secrets HDR 3
  • secrets HDR 4

Passons maintenant aux Réglages de base. Je suis satisfait par la balance des blancs Telle quelle donc je n’y touche pas. Par contre, au niveau de la Tonalité, je ne suis pas extrêmement satisfait du travail qu’à fait Lightroom. Je trouve que le ciel est très clair et manque de détails. Or j’ai pris une photo sous exposée justement pour ça ! Je diminue donc l’exposition à -1.00. C’est maintenant l’avant-plan qui est un peu sombre. Mais j’ai pris une photo sur exposée justement pour ça aussi ! J’augmente donc les ombres à +100.

  • secrets HDR 6
  • secrets HDR 7

Cette image est encore un peu trop fade. Je vais augmenter le contraste à +20 et baisser un peu les noirs à -25. Enfin, je vais gérer mes curseurs de présence, comme d’habitude…

  • secrets HDR 8
  • secrets HDR 9

Résultat final

grootberg lodge HDR

Réaliser cette photo avec la technique du HDR nous a permis d’obtenir une photo correctement exposée alors qu’elle est manifestement prise à contre jour. Aujourd’hui, les smartphones et certains appareils photo intègrent une fonction HDR. Ça permet de faire ce genre d’image automatiquement. Mais, puisque vous en êtes arrivés jusque là, maintenant vous savez ce qui se cache derrière, et vous savez le faire à la main s’il le faut !


La mauvaise nouvelle, c’est que vous venez de lire le dernier épisode mensuel des secrets de nos photos. Je n’ai pour le moment plus de sujet à aborder avec vous. Ça ne veut pour autant pas dire qu’on referme cette catégorie définitivement. Si jamais je pense à une technique ou un sujet que je trouve intéressant à partager avec vous, ça fera l’objet d’un nouvel épisode. Dans le même ordre d’idée, si jamais vous avez des demandes particulières, ça pourra aussi mener à un nouvel épisode. N’hésitez donc pas à me poser des questions si vous en avez !

Commentaires

  1. Cet article est vraiment génial ! je fais de la photo depuis un moment et j’avoue que le HDR est une des techniques que je n’ai jamais testé, tout simplement car je n’avais pas le braketing sur mon ancien boitier (et la flemme de faire les réglages manuels j’avoue!). Je l’ai depuis oublié, et je suis contente de redécouvrir la technique ici !
    Par contre j’ai une question : si on prend ses photos en format RAW, Est-ce qu’on peut pas faire un HDR ‘virtuel’ ? c’est a dire sous-exposer et sur-exposer des photos en post production, puis les assembler ? je suis d’ailleurs assez étonné que Lightroom ne puisse pas faire cela tout seul.
    Cet article m’a donné envie de me repencher sur la question : je vais chercher cet fonction dans mon boitier (vous n’avez pas un Nikon par hasard ? lol) et je vais tester le HDR post-production !

    1. Hello Milla !

      Alors, on ne va malheureusement pas pouvoir t’aider avec ton boîtier, on est tous les deux équipés en Canon…

      J’avais aussi pensé, comme toi, à faire un faux HDR en bidouillant un RAW. Les résultats ne sont pas très bon parce qu’avec une seule photo, tu n’as pas autant d’informations enregistrées qu’avec trois. Avec ta photo sur exposée, tu as plus de détails dans les ombres et avec ta photo sous exposée, tu vas mieux récupérer les zones très claires (voire cramée) de ta photo originale.

      C’est clairement une technique qui prend du temps (sur le terrain et en post production) mais dans certaines situations ça vaut vraiment le coup !

  2. Je me posais la question pas plus tard qu’hier soit de l’intérêt du HDR !
    Merci pour ces explications.

    Par contre, je ne me sentirai pas capable de le faire manuellement pour le moment…

    1. Je suis comme toi. Mathieu a eu beau me montrer comment faire au cours d’un voyage, je pense que je serai incapable de retrouver les réglages toute seule. Ça m’avait fait pareil pour apprendre à faire un panoramique. Je crois qu’il n’y a pas de secret, il faut se forcer à pratiquer régulièrement…

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